appellation d’origine cousinée

mercredi oct. 5, 2011

Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis plusieurs jours, la blogoglou est en émoi. Et il y a sans doute de quoi. Pensez: on veut tuer un vigneron! (Fredonnez with me, les oisillons: And I said non, non, non!)

C’est Sylvie (Augereau, camarade de boulot comme de goulot) qui m’a alerté: dans la minute, il fallait même que je signe la pétition le courrier suivant.  À adresser, mine de rien, à un procureur du coin. (Le coin, c’est quelque part dans la Loire. Vous allez comprendre.) Allez, on y va.

Nous, vignerons, journalistes, cavistes, importateurs, affirmons notre soutien à Olivier Cousin. Nous nous indignons qu’on l’accuse de nuire à son appellation. Olivier Cousin incarne une des plus belles images angevines. Sa médiatisation en est témoin. Ses pratiques culturales respectent son terroir. Le vin qui en émane le traduit sans aucune interférence et propage l’identité angevine dans le monde entier. Mieux, Olivier Cousin est un des acteurs principaux du renouveau du vignoble: il soutient activement et physiquement les jeunes installations. Enfin, il est à l’origine de la révolution du cheval de trait dans toute la Loire. Nous, vignerons, journalistes, cavistes, importateurs, apportons notre appui solidaire à Olivier Cousin et dénonçons les persécutions dont il est l’objet.

Persécutions?! Sans blague? Sans blague. À l’heure où l’on parle, il semblerait que l’angevin monsieur Cousin soit menacé d’une amende de quelque 30000€, accusé qu’il est, par les services des Fraudes, de faire du tort à l’appellation. Ah bon? Et comment ça? En inscrivant en toutes lettres sur ses cartons « Anjou Olivier Cousin ». A.O.C., donc. Trois lettres avec lesquelles, comme chacun sait, on a moyennement le droit de rire, en France. Et Olivier Cousin est en train de l’apprendre à ses dépens.

Pour la faire vite, l’administration considère qu’il y a là tromperie sur la marchandise. Cousin se prévaudrait de la « prestigieuse » appellation en la détournant — et pour lui, ce sera donc le knout. Il faut dire que l’homme fait partie de ces nombreux mohicans vignerons produisant des crus « déclassés » (« vin de table » avant, « vin de France » maintenant): à force d’être refusés ou recalés dans les dégustations d’agrément, certains se résolvent en effet à se passer de l’A.O.C. — leurs vins ne s’en vendent pas moins bien, au contraire. Mais là où ça coince, c’est que Cousin la ramène toujours un peu au lieu de faire profil bas. Et ça, les autorités jajatiques du coin l’ont apparemment en travers du gosier. D’où les petites mesquineries, les contrôles impromptus, et, pour finir, le coup de semonce des Fraudes. On voudrait le faire taire — le couler? — qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Voilà où on en est pour le moment. L’histoire est symptomatique, me semble-t-il, des relations bien compliquées entre certains vignerons et les autorités (plus ou moins) chargées de les chapeauter. Au cœur du débat, pas mal de vraies questions: qu’est-ce que la « typicité » d’un vin, comment l’a-t-on élaboré, le rapport entre le vigneron et sa terre, l’utilité des appellations, etc. De fait, deux mondes se font face et ne se comprennent pas — et dans ces cas-là, un banal petit clin d’œil humoristique comme celui d’Olivier Cousin suffit à mettre le feu aux poudres.

Comment tout cela finira-t-il? Aucune idée! Olivier Cousin se dit pour sa part prêt à un peu de castagne (il a l’habitude et a déjà pas mal donné…), mais quelque chose me dit qu’un peu de soutien ne lui ferait pas de mal: le courrier ci-dessus, vous pouvez, si ça vous dit, le signer ici. Pour ma part, je m’en vais vider quelques quilles de grolleau à sa santé et à celle de ses chevaux de trait. Et je ne vous interdis pas d’en faire autant.

3 commentaires »
Amandine:

Cela me fait immédiatement penser au chapitre « Sans le vin, ce serait un désert » du livre de Michael Steinberger.
Quelques bonnes initiatives ont été prises pour favoriser l’accès à un vin et plus largement à des produits de qualité, mais l’autorégulation des appellations implique parfois un abaissement de la qualité recherchée au profit de certains amis producteurs.
En réalité c’est le fonctionnement même des appellations qu’il faut réformer. Faut-il que l’état contrôle, mais quelle efficacité et quelle impartialité ? Les normes d’adhésion sont-elles trop vagues, faut-il les durcir au risque d’oublier certaines spécificités ?

Pour en revenir à l’accusation, si stupide soit-elle tant l’humour est évident, je souhaite bonne chance à Olivier Cousin pour son combat (le mot est probablement fort mais plutôt approprié à la situation).

octobre 5th, 2011 | %H:%M
anne:

Avant de s’emporter dans un débat passionnel, il faudrait vérifier si son vin vérifie ou pas le cahier des charges de l’AOC Anjou.

Cela peut tout à fait ne pas être le cas (il vinifie un autre cépage etc.) ; auquel cas il n’a pas droit à l’AOC sans que cela signifie que son vin est moins bon pour autant.

Voyons le dossier factuel avant tout.

décembre 6th, 2011 | %H:%M

On doit pouvoir rire de tout, nous sommes en France le pays de liberté. Même en défendant les AOC contre les fraudeurs nous devons démontrer que l’Appellation Olivier Cousin ne met en avant que l’humour dont nous avons tant besoin et cela avec une bonne bouteille de vin quel beau duo.

mars 4th, 2012 | %H:%M
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