demain, j’arrête de manger

mercredi févr. 16, 2011

Avec une programmation à 22h55, sur France3, vous pouvez être sûr que l’audience de Manger peut-il nuire à la santé? ne risque pas d’exploser les courbes, ce soir… D’autant que c’est un documentaire bien triste dans la forme, plein de gens sérieux qui disent des choses graves en haussant le sourcil, prenant le temps de la démonstration, pas sensationnaliste et surtout puissamment anxiogène. Autant de raisons de ne pas le manquer, non?

L’idée est simple: remonter les filières de quelques produits de base (pomme, porc, pain, saumon) pour essayer de comprendre pourquoi on y trouve autant de saloperies. Bon, entre nous, on connaît déjà la réponse: le système d’agriculture intensive mis en place au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Mais ça ne fait jamais de mal de le rappeler. De dire, de répéter, de marteler qu’avec 76000 tonnes de pesticides par an, la France est recordman d’Europe (mais rassurez-vous, le Monsieur Pesticide que vous verrez dans le docu est formel: il n’y a aucun risque pour la santé). D’écouter ou de réécouter David Servan-Schreiber expliquer que ces pesticides, on les retrouve évidemment dans les urines de nos gamins, et qu’à ce jour, l’industrie agro-alimentaire n’a pas encore pris conscience de ses responsabilités en matière de santé. L’exemple de cet agriculteur qui pulvérisait autrefois à tout va est terrible: il est aujourd’hui myopathe…

Cette très longue enquête au cœur des filières a notamment été menée par Isabelle Saporta, une journaliste du genre accrocheur dont j’ai fait la connaissance il y a quelques années à l’occasion de la parution de son premier livre, Ne mâchons pas nos maux (Robert Laffont). Ce que vous verrez ce soir à la télé est d’ailleurs détaillé jusqu’à l’écœurement dans son nouvel opus, Le Livre noir de l’agriculture (Fayard), sous-titré en toute sérénité Comment on assassine nos paysans, notre santé et l’environnement.

Les images du docu sur la filière porcine, notamment, semblent très édulcorées par rapport à ce qu’elle raconte dans son dernier livre: des porcs entassés se bouffant entre-eux, des truies mettant bas à la chaîne (les porcelets sont nommés « minerai » par les professionnels, sympa, non?), les joies de l’insémination artificielle, les limites des inspections vétérinaires, la pollution liée à l’élevage intensif (Saint-Brieuc, surnommée « la baie des cochons »!), etc. Ça peut paraître bizarre de formuler ça comme un compliment, mais son enquête, minutieuse, donne véritablement la nausée.

Sinon, vous apprendrez aussi ce soir comment les grandes chaînes de supermarché demandent aux éleveurs danois de travailler la couleur de la chair de leurs saumons (à l’aide d’un mini-nuancier, comme le Pantone que vous connaissez peut-être), que 50% des boulangers ne fabriquent plus eux-mêmes leurs viennoiseries, que vous avez intérêt à ne plus acheter de jambon au supermarché, que les œufs d’aujourd’hui sont bodybuildés en oméga6, que la courbe ascendante de l’espérance de vie peut très bien s’effondrer, et, incroyable mais vrai, que pour bien nourrir les humains, il faut commencer par bien nourrir les animaux!

Bon, en clair, tous sur France3 ce soir, et on discutera plus tard ici-même, si vous le souhaitez, des limites du docu — au hasard, l’angélisme qui consiste à dire « le pouvoir est dans le caddie », comme si tous les consommateurs avaient le pouvoir (culturel, financier, social) de changer leurs habitudes du jour au lendemain. C’est ce genre de « détail » qui me chiffonne un peu dans les enquêtes autour de l’alimentation: la question de la « fracture alimentaire » n’y est, au mieux, qu’esquissée. Tant mieux: ça fera certainement l’objet d’une prochaine enquête, que France3 aura la lumineuse idée, cette fois, de programmer à 20h35.

7 commentaires »
février 16th, 2011 | %H:%M
pascaline:

Nous vivons une époque très paradoxale,d’un côté on nous susurre de manger bio,manger sain.. et d’un autre côté il y a la réalité du plus grand nombre de nos concitoyens: consommer ce que j’appelle de l’indufood.Si fracture alimentaire il y a ,(et je le pense), il faudrait faire un reportage sur les raisons réelles de ce type de comportement.Je pense que les raisons sont bien plus intriquées que ce l’on pense.

février 16th, 2011 | %H:%M
Amandine:

A voir aussi Capital terre, m6.
Première émission à 20h45 : J’achète, je jette – comment consommer sans piller la planète.
Et à 22h40 : Sept milliards sur terre – Comment tous se nourrir sans détruire la planète.

février 16th, 2011 | %H:%M
Sébastien:

Oui, j’avais vu ça… Je comptais poster un petit quelque chose sur le sujet prochainement — j’attends simplement de me rencarder un peu plus…

février 17th, 2011 | %H:%M
Sébastien:

D’après ce que j’ai compris, ni l’émission de M6 ni celle de France3 n’ont franchement marché… Disons, pour être plus précis, que France3 a fait un plus gros flop encore que M6: 10% de parts de marché, en troisième place des programmes de deuxième partie de soirée… L’équation est simple, à mon avis: programme à contenu anxiogène + diffusion tardive = audience raplapla. (Ce qui ne veut évidemment pas dire que le contenu de l’émission était mauvais, est-il besoin de le rappeler.)

février 17th, 2011 | %H:%M
Amandine:

Non, d’ailleurs les audiences de Capital terre ont toujours été plus basse que le format classique, quant au programme de france 3 sans commentaire, la culture déserte le service publique … Si l’émission est un tant soit peu intéressante mais à faible audience et la voilà remplacée, à suivre l’avenir de Ce soir ou jamais.

Sinon les reportages de Capital étaient intéressants, pas de grandes révélations certes mais des sujets bien fouillés (huile de palme et les ravages d’une utilisation intensive, les parcs d’engraissement bovins aux Etats-Unis, les locavores, les emballages toxiques etc…). Quelques alternatives présentées mais comment ne pas déprimer ? Le constat est tellement accablant et aberrants, comment les autorités peuvent t’elles rester de marbre ? Lobbying, rendements, encore et toujours l’argent …. Faudra-t-il attendre la déforestation complète de Bornéo, la disparition de l’Orang-outan et des abeilles et à long terme les fruits et légumes pour qu’enfin de véritables initiatives soient prises ? Les actuelles mises en garde sont particulièrement effrayantes et efficaces…
Et quand bien même un simple consommateur désire manger sain et intelligent, il se heurte à des rayons de supermarchés remplis de produits à l’huile de palme ou de légumes à la provenance discutable.

Pour rester dans le genre docu « qui fait peur » cette semaine dans l’Express un journaliste raconte les trois semaines passées dans un fast food, au programme : cafards, souris, rendement maximum, travail éreintant.

Bon on s’ouvre une bouteille de Romanée Conti 1858 pour oublier tout ça ?

février 17th, 2011 | %H:%M
dominique:

coucou, je viens de lire l’article hélas je n’ai pas vu cette émission…mais depuis quelques temps dans mon département, plusieurs agriculteurs, éléveurs se sont mis en SARL et on montait, un magasin, où ils vendent leurs productions, lègumes, fruits, miels, viande (essentillement du porc…) des oeufs, des volailles..etc..Depuis quelques mois, je prends ma viande chez eux…et je n’ai jamais mangé de viande aussi bonne…et pas plus cher que dans une grande surface..et le succès du magasin confirme mes dires…il faut donner une chance à nos agriculteurs et producteurs locaux…
Bon dimanche
Dominique

octobre 30th, 2011 | %H:%M
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