Mamascarade

samedi déc. 11, 2010

Je ne sais pas si vous êtes retournés récemment au Mama Shelter, dans le XXe arrondissement de Paris, la capitale de la France. Comme c’est à deux pas de mon humble demeure, j’y suis assez souvent, pour douze cafés et deux rendez-vous.

Il m’arrive aussi d’y déjeuner ou d’y dîner, alors que je n’ai jamais été vraiment convaincu par le casting culinaire Senderens: en gros, j’y retourne par flemme (mais aussi parce que j’aime bien ce que Starck y a fait en matière de décor) ou parce qu’une pizza pas mauvaise chez eux vaut mieux qu’un méchant frigo vide chez moi.

Mais là, je pense que j’ai eu ma dose. Sur le moment, ça m’a pourtant fait rire (jaune fluo). Ils appellent ça les « hors d’œuvre à la parisienne ». Cool. Il y en a une rafale. Des œufs durs avec une sauce tartare, une piperade, du saucisson, des radis, OK, super.

On part donc sur une salade de lentilles, un caviar d’aubergine et une espèce de mix de crabe et d’avocat. Et on debriefe. Lentilles: sel, poivre, pas la peine d’y penser, ce sont des espèces menacées. Caviar: une bouse (pas d’autre mot, sorry) brunâtre, re-fadasse, sincèrement indigne, on en est gêné pour eux. Le meilleur pour (vous couper) la faim? Je vous mets juste l’image. Entre nous, on ne dirait pas que ça a déjà été mangé?

IMG_1383

5 commentaires »
Amandine:

Quelle jolie présentation pour une entrée à 21 euros …
A vous lire ils en oublient même les bases, ne serait-ce qu’aiguiser l’appétit du client.
Vite une recette de pâté en croûte pour faire passer le tout !

décembre 12th, 2010 | %H:%M

C’est en effet un endroit assez affligeant : commis(e)s qui courent en tous sens comme de poulets sans tête, les mains vides et le regard atterré, chef(fe)s de rang qui te font la tronche du début à la fin comme s’ils travaillaient dans un Apple Store, sans oublier les maousses qui t’ouvrent la porte à regret en te lançant des regards soupçonneux (« qui c’est ce braillard pétunant, fringué comme l’inspecteur Clouzot, avec toutes ces bonnes femmes? »).

Nous y sommes allés en famille le mois dernier, pour l’anniversaire de ma sœur. Bien évidemment ma mère et moi avons failli nous étouffer de rire, en nous souvenant ce qu’était le quartier il y a trente ans : maintenant c’est à qui sera le plus prétentieux, entre le XXe et le IIIe (où je re-crêche depuis quelques années). M’enfin, comme mon épouse adoooore Starck, je range ma langue de… d’Oc, et je la laisse se le mater de loin sans rien dire.

Pour ce qui est de la pitance, j’ai failli faire la même remarque que toi sur le crabe (choix de mon épouse). Je l’ai surtout trouvé complètement fadasse (le crabe, pas mon épouse). En revanche les poireaux furent très appréciables : ils ont sûrement du bien les faire dégorger avant de les cuire, d’où cet excès de sel assez remarquable! Mais moi j’aime quand c’est salé, du coup j’ai félicité une pintade qui passait par là par hasard. Très surprise, elle a dû penser que j’étais saoul. Mais bon, sans ces poireaux, je n’aurais pas su si les noix de Saint Jacques étaient « snackées », ou bien sortaient simplement du dernier Pif Gadget.

Enfin, comme les excellents DJ ont choisi de nous mettre de la soupe à oreilles à tue-tête, nous nous sommes résolus à nous entendre mieux ailleurs. Ces gars avaient d’ailleurs eu l’outrecuidance, une heure plus tôt, de nous passer « Gimme all your lovin’ » en sourdine! J’en attrape un au passage (qui cahotait entre les tables comme un clébard cul-de-jatte), et je lui susurre poliment : « ZZ Top, ça s’écoute plus fort que ça jeune homme, ou bien ça ne s’écoute pas! » L’énergumène n’a pas relevé, il semblait trop occupé à se demander pourquoi je lui parlais, et je n’ai donc pas insisté, ne voulant pas troubler ses réflexions probablement particulièrement intenses.

Je pourrais aussi te narrer les desserts servis en canon juste au moment de la pause clope de ma frangine (idéal pour souffler les bougies, isn’t it?), les phoude-reuneurz complètement paniqués parce qu’ils s’étaient emmêlés les pinceaux entre un café gourmand et un double-café-sans-rien (but hopefully I do speak their language), la terrasse qui sert en fait de fumoir (super l’intimité d’un dîner aux chandelles avec quarante pelos qui te repeignent les poumons, sans oublier un gros gars qui, entre deux bouffées de cigarillos maltais, insulte à la cantonnade Nike-Cola SSarKKKozy et ses supporters, histoire de voir si on se bastonne toujours autant sur les escaliers de la rue Stendhal).

Allez, il faut se détendre. En janvier il faudrait qu’on aille tous les deux se farcir le Café Marly, avec ses très distinguées travailleuses en cuissardes qui te demandent si tu as réservé le mois dernier quand tu veux juste prendre un café.

décembre 22nd, 2010 | %H:%M
Sébastien:

Cher Alexandre, je suis vraiment d’accord: ZZ Top, ça s’écoute très-très fort. (Je me remets d’ailleurs immédiatement TV Dinners, pour la bonne bouche.) Et il n’y a en effet rien de mal à vouloir s’habiller comme l’inspecteur Clouseau, au contraire. Tout cette histoire me fait penser à la pub de Gotainer, au XXe siècle: « Oh mama, t’as rien compris… » C’était pour?… pour?… Racorama, voilà.
Blague à part, je me demande vraiment pourquoi cet endroit n’est pas mieux « tenu ». Comme votre délicieuse épouse, j’aime vraiment bien Starck, et pas comme vous, je trouve que l’adresse apporte quelque chose au quartier (et on est encore loin du IIIe, vous en savez quelque chose). Mais je vous rejoins sur un point: ce serait formidable qu’on se sente quand même un peu au restaurant dans ce qui est aussi, mine de rien, soyons fous, un… restaurant. Le rêve, ce serait effectivement que le Mama soit une adresse dans laquelle on aurait de la musique à fond (c’est la moindre des choses si on aime manger en faisant mal à ses tympans) et des assiettes formidables servies par des mannequins malingres et extrêmement tatoués — mais sachant tout de même de quoi ils parlent et ayant vaguement l’air contents de vous voir. L’autre jour, et n’y voyez aucune espèce d’ultra-snobisme ni de name dropisme (c’est pour la risme, euh, pardon, la rimse, et flûte, j’y arrive pas), je me demandais ce qu’un type comme David Chang, le chef du/des Momofuku, à New York, ferait d’un lieu comme le Mama Shelter. Je ne parle pas de ce qu’il est capable de faire, de cuisiner, stricto sensu. (Des cookies servis dans sa boulangerie aux bols de nouilles qu’on slurpe autour de minuit dans son Noodle Bar, il y aurait pourtant matière à dire… Bref.) Je parle plus simplement de la vista qui est la sienne, de sa gnaque, de son plaisir de recevoir plein de monde chez lui, dans un esprit à la fois rock et casserole, si vous me passez l’expression. Son Ssäm Bar, c’est exactement ce que le Mama devrait/pourrait être: une brasserie contemporaine de très haut vol, où de jeunes gens bien sous tous rapports (quoiqu’habillés comme des mannequins The Kooples) servent une cuisine démente avec Led Zep à fond. Car David Chang ne supporte pas d’écouter Whole Lotta Love doucement, et c’est aussi pour ça que je le respecte autant.

décembre 22nd, 2010 | %H:%M

Je viens de me tordre de rire, oui oui tordre , carrément en lisant ces deux articles (il y a des passages que j’ai relus 3 fois)bravo à ces 2 plûmes ,
pour leur esprit et leur réalisme …hélas, les descriptions sont ici tres justes !

décembre 23rd, 2010 | %H:%M

[...] ça pour dire qu’Alexandre et moi, on se marre bien quand on va au Mama. Disclaimer de rigueur, n’esspas: sauf erreur, je ne connais pas ce garçon, bien qu’il [...]

décembre 23rd, 2010 | %H:%M
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