le génie français

mardi nov. 23, 2010

Je découvre en ce moment les joies du blog: pouvoir, par exemple, écrire deux mots, fût-ce around midnight, sur un petit quelque chose qui vient de se produire. Non, je ne sors pas d’un restaurant. Non, je n’ai hélas pas mis la main, ce soir, sur le futur Pascal Barbot. J’ai simplement participé à un débat sur le fameux classement par l’Unesco du « repas gastronomique des Français », sur France3, chez Frédéric Taddeï.

Il y avait là Alain Senderens, la journaliste Pascale Tournier (mentionnée en passant dans un précédent post), Yann Queffélec, Christian Millau, Guy Savoy et Beatrix de l’Aulnoit, qui vient de publier, chez Fayard et avec Philippe Alexandre, Des Fourchettes dans les étoiles, Brève Histoire de la gastronomie française, que je n’ai pas encore eu le plaisir (?) de lire.

Deux mots, donc. Deux mots, simplement. « Génie français ». J’ai entendu cette expression à de nombreuses reprises pendant le débat, venant du « camp d’en face » — celui dont je ne faisais donc pas partie ce soir puisque j’avais été classé du côté des « opposants » au projet. (Nuance: je suis par principe pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour. Ou, pour reprendre Coluche, ce classement de l’Unesco, je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire.)

Le « génie français. » J’en suis resté comme deux ronds d’un flan dont la date limite de consommation aurait été à chercher du côté du 14 avril 1933. Le « génie français ». En 2010. Au moins, j’ai compris un truc: le « repas gastronomique des Français », c’est quand le « génie français » passe à table. Et qu’on évoque avec des sanglots dans la voix, entre l’apéritif, l’entrée, le poisson, la viande, le fromage, le dessert et le digestif les coquilles Saint-Jacques d’Erquy ou les volailles de Bresse, fleurons, parmi tant d’autres, de notre « génie français ». J’exagère certainement, mais j’ai l’impression de feuilleter Tintin au Congo, quand j’entends des choses comme ça. Et je me dis que la prochaine fois, à l’occasion d’un autre débat, on aura certainement droit à la « mission civilisatrice » ou quelque chose du genre. Le « génie français »… Franchement…

Et le plus formidable, c’est que les partisans de ce classement font tous profil bas, s’affichent modeste de chez modeste: « Mais non, la France n’est pas dans une posture arrogante, mais non, on sait bien qu’il y a d’exxxxxxxcellllllentes cuisines en dehors de la nôtre, mais oui, il faut tout faire pour promouvoir l’intégration des différentes cultures, mais bien sûr que la France a tant à apprendre de ses voisins et de ses communautés, mais évidemment qu’il y a des produits formidables ailleurs, ah mais je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas de culture gastronomique en Italie!… »

Certes. Evidemment. Bien sûr. Naturellement. Mais le « génie français », ça, coco, on est les seuls à l’avoir. Au fait, on a pensé à demander à l’Unesco de nous le classer, celui-là?

2 commentaires »
Jean-Louis:

Bonjour,
Merci à Bruno Verjus, grâce à son blog je viens de découvrir cuit-cuit.
Un peu comme vous, je suis contre ce qui est pour et pour ce qui est contre. Je rejoindrais donc le clan de vos opposants de ce soir là. Dans une civilisation où toutes les rues piètonnes affichent les mêmes enseignes, où la grande distribution veut nous faire croire à la qualité, où Masterchef est une émission culinaire sans voir cusiner( heureusement les recettes sont sur site) où cette même émission est un copier-coller de l’original australien, où les membres du jury sont dévalorisés par le jeu joué, il me semble opportun de valoriser un pan de notre culture qui se casse la « Gu ». Bien sûr on n’est pas premier dans un état second et vous accorde qu’un second peut devenir un excellent premier. Oui à la cusine Italienne, oui à la cuisine mexicaine, oui à la cuisine japonaise, vous avez raison, mais si on peut faire prendre conscience que notre société française de bouche est en grand danger et essayer de la sauver, merci à l’Unesco. Alors cessons de nous flageller en permanence, notre président le fait déjà notre place, et reconnaissons aussi nos qualités. Reconnaitre ses qualités c’est aussi éviter aux médiocres de vous prendre votre place.
merci tout de même pour cet élégant blog, vous m’insupportiez au 1°en tant que jury,ceci ne m’a pas empêché d’être convaincu de vos compétences et de votre talent. nous savons tous que la réalité n’est pas télévisuelle. Le génie français est peut être chez vous…..l’humour est aveugle, exxxxxxxxxxcelllllent,
comme vous j’ai mille raisons d’être modeste
amicalement gourmand
Jean-Louis

novembre 25th, 2010 | %H:%M

Tu as été le sauveur de cette émission aux raisonnements concessifs à s’arracher les cheveux.
Et quelle jolie complicité avec monsieur Senderens …

Bises de Londres

décembre 13th, 2010 | %H:%M
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