Unescocorico! (suite et pas faim)

dimanche nov. 21, 2010

Quelques petites lignes de réaction, vite fait, après l’Annonce.

Si j’ai bien lu mes dépêches d’agences de presse, le « repas gastronomique des Français » fait donc désormais partie du patrimoine immatériel de l’humanité, au même titre — je reste dans le registre de ce qui s’ingère, se pense, se transmet, se cultive — que la diète méditerranéenne ou le pain d’épice croate (mais, bizarre, on n’en a pas vraiment entendu parler, chez nous, de ces inscriptions-là).

En fait, je n’ai pas encore fini de digérer tout ce que j’entends, lis, vois. Je n’ai pas encore fini de m’interroger sur le silence de certains « grands noms » (mettons Alain D., de Monte Carlo, dont on aurait pu attendre quelques mots, même prudents, sur le sujet).

Je n’ai pas encore terminé Dans les Cuisines de la République, de Pascale Tournier et Stéphane Reynaud (Flammarion, 20€), dans lequel il y a un paquet de choses intéressantes à lire sur le drôle de rapport de nos politiques aux questions d’alimentation et de gastronomie. C’est un excellent résumé des épisodes précédents, avec quelques anecdotes aussi fraîches que nauséabondes.

En fait, je ne sais même pas quoi en penser (je me comprends!), de ce barnum gastro-politique, sinon qu’on a tous énormément de pain sur la planche: journalistes, chefs, auteurs, enseignants, ethnologues, historiens, philosophes, politiques, géographes, sociologues, au bulot!

Sinon, on risque une nouvelle fois de se faire tancer (au hasard!) par nos amis les Anglais: même si le « french bashing » est un exercice de style hilarant dans lequel ils excellent,  vous avouerez que tout n’est pas faux dans ce qu’écrit le Daily Telegraph et que nous livre Courrier International. Non? (Mince, on va encore dire que j’ai mauvais esprit. Ça a du m’échapper, mille excuses.)

PS: cette vidéo accompagnait apparemment la présentation du dossier de candidature français. Quand je vois les images censées illustrer ce qui fait le « repas gastronomique des français », je me pose plein de questions. Et je rigole un peu. Pas vous?

PS2: « Sur beaucoup de choses, la primauté de notre cuisine nationale, les vins, etc., les Français sont persuadés de détenir la vérité. […] C’est le coq au vin qui fait lever le soleil ! Les étrangers sont des sauvages, qui mangent n’importe quoi — des insectes, des asticots. » C’est signé Henri Gault et Christian Millau, dans Gault et Millau se mettent à table, et c’était, de mémoire, en 1976.

4 commentaires »
Paule:

Très intéressant, les Cuisines de la République, mais avec pas mal d’erreurs, dont une page 233 : Ducasse ne gérait pas le Jules Verne en 2004

novembre 26th, 2010 | %H:%M
Sébastien:

Bien vu, Paule… Il est arrivé en 2008, si je me souviens bien. (Et la question s’adresse à quelqu’un qui connaît bien Monsieur D., si je ne m’abuse?)

novembre 26th, 2010 | %H:%M
Amandine:

Bonjour,

Je viens de visionner l’émission ’Ce soir ou jamais’, je suis novice en cuisine j’avoue être un peu perdue. Finalement quelle est la vraie définition de ce fameux repas gastronomique ? Puisque le classement implique de le préserver, allons nous revenir à une agriculture saine et bio comme vous l’avez souligné durant l’émission. Est-ce une promotion du savoir-faire, et des classiques ? Ou une valorisation des nouveaux talents ?
Je remarque d’ailleurs que l’on délaisse la nouvelle cuisine, ou alors je ne fais pas assez attention, mais depuis l’annonce de cette nouvelle, il est rare de trouver des articles dans la presse et les médias généralistes évoquant la nouvelle génération susceptible de faire rayonner le « génie français » (terme si cher à votre cœur). Vous allez peut-être trouver ces remarques un peu bête mais la France serait-elle trop nostalgique à toujours vouloir se rappeler l’ancien éclat de sa cuisine. Car finalement les arguments se rassemblent pour glorifier une gloire passée, je n’ose pas croire que la nouvelle cuisine soit mauvaise mais pourquoi est-elle si peu évoquée ? La faute à une maigre couverture médiatique ?

novembre 28th, 2010 | %H:%M
Sébastien:

Difficile de répondre en quelques lignes, mais ce qui est important n’est pas tant de trouver les moyens de « faire rayonner le ‘génie français’ », comme vous dites ironiquement, mais plus prosaïquement de réfléchir à ce qu’il est souhaitable de faire pour travailler sur la notion de patrimoine culinaire. Et sur les moyens, naturellement, de le pérenniser en le cultivant quotidiennement — ce qui ne passe pas nécessairement par le fameux « repas gastronomique », dont on nous fait comprendre qu’il doit aller de l’apéro au digeo. Pour ce qui me concerne, j’ai le sentiment que ce repas ne correspond à aucune réalité quotidienne tangible (même si exceptionnellement, oui, on se met à table de cette façon).
C’est tout simplement cela que j’ai voulu dire sur France3, lundi dernier: il ne s’agit pas de contester le choix de l’Unesco par principe, mais de rappeler à qui veut bien l’entendre que l’alimentation et la « gastronomie » sont autant de pratiques quotidiennes qu’il conviendrait de valoriser à travers un autre type de discours et des pratiques plus immédiates. Quant à la question de la « maigre couverture médiatique » des cuisines contemporaines, nous sommes d’accord: on aimerait avoir plus à se mettre sous la dent…

novembre 28th, 2010 | %H:%M
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